Les muses de l'orée

Le blog littérataire d'Orel des Bois

31 juillet 2009

Les lucioles 4.10

X.

 

 

 

Il m’avait parlé d’elle quelquefois. Shéhérazade, à la chevelure de nuit marine, interminable. Je n’avais pas voulu y prêter attention…

Au fur et à mesure qu’il me racontait ce que j’hésite à appeler leur histoire, se mêlaient en moi deux impressions étrangement opposées : je n’acceptais pas d’autre vérité que son amour pour moi, mais en même temps, l’expression de ses yeux sombres, les éclairs mêlés de larmes au fond, ses iris apeurés me transmettaient comme un message. J’aurais dû y prendre garde comme à une prémonition. Et m’enfuir ? En le laissant là avec sa seule détresse ? Je ne décidai rien, passive.

Maintenant je sais : quand je la vis, face à moi, juste après qu'il m'ait quittée, j’étais certaine qu’il était amoureux d’ELLE. Fou amoureux. Et qu’il crevait d’angoisse et de manque, junkie en mal de sa dose, pendant toutes ces secondes goutte-à-goutte vide où son feu ne croisait pas la silhouette de la nymphe. Parfaite. Elle faisait irradier autour d’elle tout l’éclat qui me manquait. Une aura bleu galactique. Comment pouvais-je seulement rivaliser ? Je ne suis qu’un épouvantail misérable et poussiéreux. Elle est une de ces princesses envoûtantes des contes anciens, une sirène vert océan, émeraude. De ces femmes dont ceux que l’on aime tombent amoureux en un seul regard. Et pour toujours.

Il la disait son amie. Mais ce mot, que signifiait-il dans sa bouche ? Moi j’aurais dû le savoir. Je connais l’impuissance des phrases devant la confusion des sentiments, cette incapacité à trouver le substantif juste : celui qui décrira ce que l'on ressent pour un autre, en ces fibres les plus ultimes du corps et de l'âme. Je n’étais donc qu’un substitut, une excuse, peut-être une poupée de chiffon devant laquelle il traînait sa vie trop lourde toutes les fois qu’il hésitait à se présenter au palais de la poupée de porcelaine, raffinée. Irrémédiablement désirable sur ses coussins de velours aux broderies indéchiffrables. Il venait vers moi par défaut, trop fier pour s’avouer à lui-même qu'il l'aimait, elle. Inaccessible Shéhérazade.

 

J’en fus jalouse, douloureusement, atrocement, et je haïssais ce sentiment trop vil en moi autant que je détestais ses sentiments à lui pour une autre. J’écrivis un texte, pour le hurler sur une guitare électrique…

 

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Les lucioles 4.9

IX.

 

 

 

 Tout cela et d'autres contes encore… Pour mieux m’écraser au sol quand tu partis. Brusque. Après toutes ces perfections, ces splendeurs d’outre-monde, il ne me restait que moi. Abandonnée. La tête trop pleine de riens et de bruits, et de cendres d’or imaginaire en filigrane. Tout cela n’avait-il jamais existé ? Se pouvait-il que tout ce que j’avais aimé de toi et moi n’ait été qu’un mirage ? Et qui blesse…

 Tu ne m’aimes pas. Tu ne m’aimes pas. Tu ne m’aimes pas. Tu NE m'aimes PAS. Ma vie était devenue une question, redevenue une incertitude : je ne serais jamais belle, jamais aimable, je resterais à jamais une fade androïde, un être cybernétique dépourvu de la fonction essentielle à toute existence humaine véritable : je ne saurais jamais aimer d’amour ? J’étais coupable de tous les crimes. Je devais me racheter. Mais pour quelle fonction pouvais-je alors avoir été programmée ?

 

Et soudain il me revient en mémoire un air ancien, la chanson d’une elfe inconnue, croisée aux heures claires au détour d’une ruelle de la vieille ville. Elle portait une tunique de toile blanche, flottante, de longs cheveux fins d’un blond transparent, une lyre nacrée incrustée de deux saphirs et d’une améthyste. Elle scandait en mélodie ce haïku du moine Ryôkan :

 

 

 

Le voleur

M’a tout emporté, sauf

La lune qui était à ma fenêtre.

 

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29 juillet 2009

Les lucioles 4.8

VIII.

 

 

 

Il était une fois un petit homme venu d’un ailleurs lointain comme un astéroïde. Il avait des sourires comme des soleils de pluie et le regard noyé de clins d’œil. Il sillonnait le firmament dans sa montgolfière violette à la recherche de tous ceux qui rêvaient de parcourir le ciel.

En quête de jeunes gens perdus…

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Les lucioles 4.7

VII.

 

 

 

Qu’y a-t-il à raconter de nous deux, Léandre ? Nous n’avons vécu ensemble que des épisodes si brefs dans l’écoulement du temps...

 

Tu m’emmenais dans un autre monde, vers une île insoupçonnée des gens raisonnables, et la perception sensorielle des choses n’avait rien à voir dans tout cela.

De cette époque je garde le souvenir d’un ciel aux instants lumineux, clairs. Je t’attendais. Je te donnais ma confiance. Tu avais l’air si triste. Je t’aimais parce que tu savais m’émouvoir, parce qu’en toi j'étreignais, matérialisées, toutes ces beautés que j’avais si longtemps rêvées… Mais où étais-tu réellement lorsque nous marchions ensemble ? Quand je nous voyais amoureux dans la même réalité, cette réalité trop longtemps opaque, enfin révélée à ma conscience… Quand je croyais VIVRE. Il me suffisait de reconnaître tes yeux pour distinguer des paysages d’aquarelle derrière les pluies, les brouillards, de respirer ton souffle pour être certaine que les papillons blancs sont les âmes des enfants sur le point de naître au monde, de voir s’esquisser ton sourire derrière le voile velours de tes cheveux pour ressentir sur ma peau l’eau miroitant des pierres de Lune. Savoir que tu viendrais au crépuscule finissant pour oublier la pesanteur et voler…

Toujours plus haut, toujours plus haut…

 

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Les lucioles 4.6

VI.

 

 

 

Je suis retournée à L’Image il y a peu de temps. Le propriétaire a rebaptisé le café. L'Image est devenue Le Miroir. Cela a été difficile au début, revoir ces lieux, revivre sans la vivre la vie d’avant l’anéantissement et la comparer à mon existence actuelle. Mais il faut que petit à petit l’oubli survienne et c’est au Miroir que j’écris parfois, seule, entre une mélancolie suffocante et une douleur inextinguible. J’y suis en ce moment-même. Il y a un homme assis au bar. Il est beau. Il ressemble à cet écrivain que j’aime lire, lui qui conte si bien les errances, et les souffrances urbaines.

Plus loin tout près du mur au fond, un inconnu vacillant discute avec Régis, le patron, monarque d’un domaine étroit aux âmes tristes. « Allez, Raphy, bière aux chandelles ! » lui dit ce dernier en allumant une bougie sur la table étroite incrustée de traces de doigts, indélébiles. Et ils trinquent à leurs amours manquées. A votre bonheur, mes frères ! Nous sommes embarqués dans la même histoire.

 

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28 juillet 2009

Les lucioles 4.5

V.

 

 

 

Il y eut une méprise. La serveuse du bar était somnambule. Elle se baladait sur les toits de la ville pendant le jour, en nuisette de satin et de tulle blanc, murmurant d’une voix fluette et inaudible à ceux qu’elle pouvait croiser, nymphettes prenant le Soleil sur un vieux balcon craquelé, grand-mères à la lucarne de leur grenier à souvenirs, astronomes amateurs bien à l’abri derrière leur télescope magique, murmurant disais-je cette sempiternelle complainte : « Je veux redevenir une colombe pour retrouver Pierrot sur l’astre des nuits. » Et l’on osait se moquer d’elle un moment. Puis, l’on retournait à ses habitudes comme si elle n’était jamais passée, la laissant à son monde onirique d’aliénée romantique, trop malheureux soi-même pour chercher à comprendre sa peine à elle. Elle pouvait choir à tout moment. Et chacun bâtissait la cage confortable de son propre égoïsme, de sa propre bassesse. J’avais la mienne aussi.

J'étais revenue de la clinique depuis peu. Cet après-midi là, la serveuse intervertit nos commandes.

« Aurai-je l’honneur de me présenter ? Léandre, pour vous servir, pauvre erre en ces lieux de la morosité. Gavroche de province, clochard de cirque, trapéziste, charmeur d’auditoire des banlieues minables, Bastien Balthasar Bux*. Je ne te conseille pas cette mixture. Elle est écœurante. C’est du jus de souris synthétique acidulé… pour mon chat.

Je réussis miraculeusement à garder un sang-froid que je ne me connaissais pas, même si je restais très hésitante encore. Pour ne pas vaciller, je m’attachais à tout ce qu’il m’était possible de voir : son costume suranné, gris sombre, de mirliflore du dix-neuvième siècle, surmonté d’un chapeau haut-de-forme baillant à son sommet, et un petit chat noir, adorable, qui le suivait partout, sans bien vouloir rester en place.

- Voici Mon Ombre, me dit-il, il me ressemble en tout point… mais je dois dire qu’il est un peu farouche. Il s’en va dès que j’ai le dos tourné. A l’improviste. C’est assez terrible : je crois que je vais passer ma vie entière à le chercher!

Mon Ombre était en effet resté un chat sauvage. Il avait de plus une fâcheuse tendance à la dissimulation. Ce devait être un chat du comté de Chester. Si bien qu’il disparaissait sous vos yeux sans que vous puissiez rien y faire. Ce qui n’était pas des plus faciles pour le retrouver. Moi, je ne réussis jamais à l’apprivoiser.

- Etrange, cet échange de verres, non ? Nous ne nous ressemblons pas pourtant.

- Vrai… vraiment ? »

 

Nos histoires particulières avaient commencé à s'entremêler… Le compte à rebours s'était enclenché.

 

 

*  NDLA : Bastien Balthasar Bux est le héros de L’histoire sans fin de Michael ENDE.


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Les lucioles 4.4

IV

 

 

 

Tu m'avais emmenée. Il était là. A la table d’en face. Le regard dans le vide, une assiette de hoeurk devant lui, du hoeurk phosphorescent, du hoeurk de merde. Le hoeurk faisait fureur auprès des dandys décadents de notre génération. C’était la drogue légalisée de l’époque. La « bouillie fantastique », comme ils l’appelaient. Je déteste le hoeurk. L’odeur du hoeurk, la couleur du hoeurk. Et cette gelée poisseuse qui se creuse à l’intérieur comme un champignon vénéneux. Je n’y ai jamais goûté, et n’y goûterai jamais, malgré toutes les pressions, les injonctions, les dictatures extérieures incitant à le faire, continuellement. C’est atroce. J’ai vu un flash disproportionné… un champignon atomique… des amis vaporisés à jamais.

Une grande chouette ouvrait de grands yeux lampe-torche pour éclairer la salle embrumée. Il ne cessait de suivre des ses doigts délicats et interminables le contour des choses : un verre, un sucrier, la fumée d’une cigarette. J’avais déjà cette habitude. Je pris alors pour un signe du destin, d’un destin propice, ce qui n’était en fait qu’une coïncidence.

May Li s’aperçut de mon égarement.

« Tu penses à quoi ? me demanda-t-elle. Elle avait une coiffure assez spatiale, je dois dire. Deux macarons chinois de part et d’autre de sa tête de May Li avec des baguettes chinoises plantées anarchiquement. Ses narines frétillaient toujours de rire quand elle vous parlait.

- A un faune, de ceux que dessinent les artistes de rue.

- Où ? Elle avait le don de ne jamais s’embarrasser de questions utilitaires.

- Regarde derrière toi.

Elle se retourna.

- Tu es atteinte. » Et elle monopolisa la parole pendant tout le reste de la soirée. Moi je ne l’écoutais pas. Je devinais qu’elle parlait de mon hospitalisation du lendemain. Je devais subir une intervention chirurgicale. Oh rien de bien sérieux. La routine disaient les médecins, une simple malformation, ou plutôt, une inadaptation organique... Mais je dois dire que j’étais mortifiée. La peur d’y rester. Toujours cette éternelle ambiguïté : peur d’en finir avec une vie qui vous fait mal, de plus en plus mal. Je ne l’avais dit à personne. Jamais. Mais ce soir je voulais oublier, repousser de plus en plus loin le moment où il faudrait vider le verre, se lever de table et se téléporter dans la rue. Pas chez soi, pas tout de suite. D’abord la rue et les ruelles. Avec May Li, May Li et ses macarons chinois.

Et je le regardais et j’oubliais. C’était comme si le mouvement ondulatoire de ses doigts fins emportant les frontières élevait mon esprit en spirale au-dessus des lieux visibles. Comme s’il avait détenu la clef vers une autre dimension, où tout s’emmêle et s’estompe.

Ainsi nageaient les objets autour d’Alice tombée dans le terrier du Lapin Blanc, puis ils s’en allaient loin de ses yeux au fur et à mesure du Pays des Merveilles. Cependant s’il fallait donner un nom au pays où il allait m’emmener, je crois qu’il serait bien plus morne.

 

Etait-il seulement conscient que chacun de ses gestes, chaque soulèvement de sa poitrine au rythme enfiévré de sa respiration me liait à lui de façon si parfaitement étroite, si insidieusement oppressante, comme des bras de lianes, que je demeurais captive en sa présence dans un sursis proche de l’étouffement ?

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27 juillet 2009

Les lucioles 4.3

III.

 

 

 

Je n’arrivais pas à l’oublier. May Li était venue me chercher pour me « faire respirer », c'étaient ses mots. Je ne lui avais rien dit de lui mais elle me trouvait absente. Songeuse. « Je ne t’ai jamais connue très causante, mais là ça dépasse l’entendement... Tu vas finir par faire le vide autour de toi si ça continue. Reviens ! » Elle avait raison. Je rêvais ma vie en pensant à Léandre. Pauvre May Li ! Comme tu t’es trompée en m’emmenant cette nuit !

Moi, c'est au donjon que j'aurais voulu me rendre, encore une fois ce soir. Là comme chaque fin de semaine, entre les boules de poussière noiraudes aux pattes agiles et les longues toiles aux fils d'argent, nous tentions de parfaire nos paroles et musiques, pour mieux les donner aux badauds la représentation venue. Nos chansons ne valaient pas grand-chose et pourtant chaque fois, au sommet de la tour trop sale de nos répétitions, nous avions l'impression de toucher quelque chose de magnifique ! Guitares et chant, quand les voix ordinaires peinent à se dire simplement…

May Li, ma sœur d’infortune, musicienne apprentie comme moi et comme moi attirée par les cachettes des cités humaines, pas trop sombres, pas trop reluisantes. Par la lumière ambiguë des lieux du soir. L’Image. Encore une fois. Une fois de trop encore. Encore…

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Les lcuioles 4.2

II.

 

 

 

Il faut croire que la lumière aussi s’était éprise de lui. Dès lors qu’elle se fut posée sur son corps aussi délicat que celui d'une femme, elle n’en avait plus pu s’arracher, rayonnement surnaturel sur sa peau trop lisse. Et longtemps, il ne m’apparut en rêve qu’auréolé de cette candeur...

Puis ce fut le noir et le silence. Un silence dénué de toute logique. Un espace vide, une transition, rien avant quoi ? Des hurlements applaudis, sifflés, crachés et pourtant sans contenance : ils me parvenaient de loin en un écho interminable. Et pour moi, ce fut comme si la bobine déroulait le film au ralenti, quand tous les néons bleus furent rallumés : il regarda les visiteurs du bar en dépliant son corps pour se lever sitôt le concert achevé, les yeux inexpressifs, peut-être triste. Comme si plus rien ne pouvait l’atteindre. Factice. Il esquissa encore une caricature de révérence qui fit rire le barman. Ce fut avant de partir. Et moi, il me sembla sentir son souffle dans ma nuque : des larmes, je crois que j’avais des larmes dans le cou. Et lui ?

Je crus ne jamais plus devoir rencontrer mon apparition de ce soir… Léandre.

Léandre. On me dit son prénom, Léandre. Je le trouvai doux. Et quand je rentrai lasse au petit matin, j’avais des milliers de paillettes, nébuleuses d’argent, dans les yeux.

 .

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Les lucioles 4.1

I.

 

 

 

Je revois le décor…

 

Le bar débordait d’une foule étrange et pourtant familière, pour qui avait l’habitude de s’y introduire à ces heures tardives de la nuit. Et l’on peut dire que je m’y étais accoutumée. J’avais même fini par les aimer, ces colocataires transitoires, attirés comme les insectes - il y avait des papillons et des libellules holographiques, intrigants, apprivoisés ? - par la lumière au cœur de la ville noire. Et par l’ombre aussi. Aujourd’hui encore je les aime, tous, comme s’ils étaient greffés sur mes organes, à l’intérieur de ma chair. Indélébiles. L’Image. C’était le nom du bar. Et je ne saurais que plus tard, je ne sais qu’aujourd’hui, ce qu’il m’en aura coûté, ce qu’il en coûte tôt ou tard de trop s’attacher à une image.

Un projecteur laissait tomber ses rayons mauves sur une scène étroite. Le groupe jouait un mélange amusical de sons déstructurés, quelques riffs minables et agressifs de noisy-pop trop criarde qui auraient fini par m’obliger à partir au plus vite, si… La lumière s’arrêta, blanche, sur un visiteur énigmatique à demi allongé sur une causeuse d’antiquaire, qui ne devait jamais, j’en étais certaine alors, être venu auparavant. La vision de cet être insolite m’infligea un tel coup au cœur que j’eus un mouvement de recul très bref. Un choc. Il était beau. L'on eut dit un faune. De ces figures surhumaines des tableaux de peintres inconnus de tous et que l’on révèle, un jour, en soulevant un voile d’un vieux rouge écarlate. Ses cheveux vert-de-gris étaient bouclés et retombaient divinement sur ses épaules un peu trop dessinées pour un garçon. Il avait un visage aux formes pures et empreintes d’un charme indéfinissable. Je crois que j’en tombai amoureuse aussitôt. Pourtant de la table en retrait où j’étais assise, il m’était impossible d’entendre ses mots et je voyais ses lèvres se mouvoir en silence... Les deux guitares, la basse et la batterie folles, les mots aigres du chanteur couvraient complètement sa voix sourde. Et je voyais ses lèvres se mouvoir en silence… J’étais hypnotisée. Je ne vis même pas, fait singulier dont on me reparla plus tard, que par inadvertance il avala un papillon. Un papillon.

Et je buvais le bruit, la fumée et la lumière par les oreilles, les yeux, la bouche et la peau, et tout cela pénétrait imperceptiblement en moi sans que je n’en éprouve la moindre saturation. Je fixais mon idéal comme s’il m’avait jeté un sort, lui qui ne soupçonnait même pas mon existence en ce monde.

 

 

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