26 juin 2009
Les lucioles 2.19
XIX.
Pardon.
Pardonne-moi si mes larmes pour celui que j’ai raconté un instant
t’ont offensé, pardon, ce n’est pas lui que je cherche et que je veux trouver
un jour, pardon, il n’était pas toi. Parce que toi, tu m’aurais reconnue à la
seconde. Tu m’aurais retrouvée…
Je sais que c’est ma présence que tu pistes derrière les aurores,
les flammes boréales, les soleils et les pays d’Oz. Et nous sommes nés de
l’explosion de la même étoile, ses particules de lumière infimes… De la même
ritournelle, le chant d’un troubadour…
Je sais que tu m’attends, toi, tu ne me laisseras pas partir.
Pardon d’avoir croisé le feu d’un autre, pardon de l’avoir réinventé. Mais
n'oublie pas : n’aie pas peur de mes incertitudes, ne crains pas ceux que
tu n’es pas. Car il faut que tu saches : même si je perdais ta trace un
court moment, si tu aimais d’autres visages, d’autres corps pour leur détresse,
leur confusion, mon cœur serait en toi.
Quand nous nous rencontrerons j’oublierai, sois-en sûr, tout sera
neuf, les pages blanches… Je baignerai ta peau dans l’eau des ruisseaux pour
apaiser les meurtrissures passées, nous crierons adieu au néant ! Tout
sera à écrire. Tu es mon compagnon de rêve, mon ami d’enfance, mon frère, plus
fort que tous les anathèmes ! Nous sommes nés de l’explosion de la même
étoile.
Les luicoles 2.18
XVIII.
Mais une libellule là sur un
nénuphar, et je reviens à toi…
Il arrive qu'un être me touche
tellement fort qu'en le croisant tout en moi tressaille. J'ai parfois cru avoir
trouvé mon trésor derrière un accent de voix qui me rappelait un beau conte. Et
ce parfum d'amour que ces mouvements exhalaient ! Qui pouvait me dire alors si
ce trouble était la bonne route vers le palais de mon roi ? Car ce n'est que
plus tard après les heurts ou un rien me révélant mon égarement, que j'ai su
qu'il me faudrait chercher encore. Faut-il fermer les yeux aux étincelles des
regards au risque de laisser passer l'âme espérée ?
Juste prendre garde à l’approche d’un
faux semblant.
Les lucioles 2.17
XVII.
Cette histoire, c’est son visage qui me l’a dictée, son visage que
j’ai aperçu une fois puis une fois encore et je n’ai pas voulu l'oublier. Je
l’avais rencontré ailleurs peut-être, avant, très loin d'ici ? Ou bien avait-il
quelque chose, la silhouette, la musique de celui que j'attends ?
C’est lui que j’ai vu parmi tous ces corps avides de voix
criardes, d'accords dissonants et d’oubli. Le hasard ou autre chose l'avait
assis à la table à deux pas de la mienne, juste en face, je ne regardais que
lui. Le décor en rappelait d'autres. Du chaos au néant. Boîte de nuit, de rock,
guitares et hurlements, boîte de n’importe quoi. Il était venu avec d'autres
garçons, pas d’amie, et dès lors j’ai aimé sa solitude. J’ai aimé son infortune
parce qu’il la faisait hurler, il semblait trembler dans le noir et les assauts
de lumière laser. Il riait, mais des larmes et des hurlements de chien auraient
semblé moins déchirants…
Puis la musique s’est adoucie. J’ai chanté doucement avec elle. Oh
baby, baby, it’s a wild world. Et il a ri plus fort encore. Mais je n’étais pas dupe. Derrière
ses éclats, je sais que lui aussi murmurait les paroles. Il est allé danser.
Brusquement. Sur la piste embrumée il n’y avait alors que des couples enlacés. Et avec son corps dessiné à la plume, ses bras légers comme
des voiles, il a pris des attitudes aériennes, éthérées, faisant tournoyer
délicate sa silhouette gracile autour d’une fleur imaginaire. Au milieu de ceux
qui s’étreignaient. Il a amené ses cheveux très longs sur son visage triste, il
a levé la tête vers les planètes chimériques du plafond et ses bras sont
descendus de sa nuque à l’inertie. Il riait, riait sans seulement y croire,
pendant que ses lèvres reprenaient les paroles... Ses yeux étaient brillants,
avec au bord des gouttes d'eau immobile. A qui voulait-il montrer sa détresse,
toute cette affliction, cette chorégraphie grise et si troublante ? Trop.
La musique s’est accélérée. Il s'en est allé à sa place. Les
noctambules ont pris place sur la piste. Je me suis levée pour danser à mon
tour, seule. Je l’ai vu plusieurs fois ce soir-là. A chaque fois il était
debout dans une clairière improvisée en plein cœur de la foule. Je devinais des
violettes timides à ses pieds, des églantines à sa rencontre. Des roses
sauvages... Le chant d’un rossignol. Un lieu secret, invisible. Qui
regardait-il ?
Au petit matin il est parti, lui, les siens, laissant sur la table
les verres et les bouteilles auxquels ils n'avaient pas touché. Je me suis
assise à sa place. J'ai souhaité plus que tout qu’il ne soit pas lui aussi
juste une silhouette qui passe… Pas lui !
Une seconde fois j'ai eu cette chance, l'apercevoir. Il est revenu
s'asseoir à l'endroit même où je l’avais distingué la première fois. Il était
habillé comme un prince, cheveux d’or, chemise blanche flottante, là où tous se
voulaient rebelles. Je n'ai pas osé faire un geste.
Et j’ai inventé une parenthèse dont il serait le héros, une autre
fantaisie dans mon histoire… Je l'ai dessiné chevalier fugace, prince d'un fief
humble et sublime.
Pourtant je me demande encore… Qui était-il vraiment? Un elfe sans
doute.
23 juin 2009
Les lucioles 2.16
XVI.
Sur les chemins de ronde
Elle l’avait reconnu avant qu'il ne croise son visage.
Il dansait dans la salle de bal les paupières closes, ses cheveux
ondoyaient soyeux. Il avait l'air ailleurs. Il semblait écouter un autre
langage derrière les accords du fifre et de la vielle. Peut-être l'attendait-il
encore sans se douter qu'elle était déjà là…
Elle le regardait, patiente et fébrile, ses rêves n'avaient pas
menti puisqu'elle le rencontrait ce soir. Souhait exaucé, calme et subtil
enchantement…
Sur ce balcon où ils s'étaient retirés, le lierre et le
chèvrefeuille mêlaient feuilles et fleurs, et elle, elle hésitait à lui dire « Je t’aime. »… Ces mots trop entendus
dans les romances faciles, de peur qu’ils soient malhabiles à dire leurs liens,
qu’ils fassent disparaître toute la magie de la nuit dans des nuées
inexistantes, elle ne les prononcerait pas. Et jamais non plus elle ne le
lirait au bord des lèvres de son chevalier. Leur idylle serait un alizé, un
baiser sur la peau, soufflé sans qu'on la touche.
L’autre âme, c’était lui, parce qu'il lui disait du plus profond
de son silence qu'elle était jolie, que ses yeux comblaient tous ses espoirs,
tristes et magnifiques… Et malgré tout ce que lui avaient infligé les voix des
gens du passé, malgré ce que lui répétait chaque jour son miroir, elle
consentait à le croire. Il lui contait des trésors, que dans la chevelure d'ombre de la belle venaient
s'endormir au soleil couchant les douces créatures du petit monde, qu'une fée
aux ailes claires y habitait le jour.
L’autre âme, c’était lui. Parce que pour elle, il avait combattu
tant de fois au corps à corps contre la solitude et ses sortilèges, il en
gardait des cicatrices pourpres. Parce qu'elle avait répété ces messages de
détresse perçus des milliers de fois dans son sommeil, comme un écho à ces
douleurs en elle. Et il avait pleuré...
Elle lui parla tout bas :
« Tes cheveux sont clairs et blonds, si longs, rayons de
Lune, moonlight, ils ondulent dans l'espace… Tu es fragile, si fragile. Tes
mains sont frêles. Tu es mon prince sans couronne, mon chevalier sans blason,
sans fortune.
Et pourtant tu me défendras sur les tours et les chemins de ronde. Dans ces châteaux ténébreux, ces
ruines inexplorées où mes ennemis m’auront faite prisonnière de chaînes
pesantes, tu défieras le sort, les mauvais rois et les dragons de ta seule
épée, de ton bouclier déjà brisé à tant de lames… de ta tendresse pour mes appels à
l’aide. Pour moi… Tu es mon prince, mon chevalier.
Et tout ce qui est en mon pouvoir je le ferai, pour que jamais
plus tu n’aies mal. »
22 juin 2009
Les lucioles 2.15
XV.
Mais tu n’es pas là.
Et pour longtemps sans doute… Alors je m’invente des histoires…
Avec un autre, des autres, mais ce ne sont pas des « histoires
d’amour », où le mot amour s’est figé et a perdu son essence merveilleuse
volatile, où il est lié, grave et raisonnable, et fait pour les gens sérieux.
C'est autre chose que je veux…
Mes histoires coulent, rimant, dansant, aériennes, insaisissables,
les liens tissés avec les héros de ces récits sont doux et inconsistants. Ils
savent soigner les maux, effacer la douleur. Ce sont des contes éthérés où le
temps est absent. Où le temps n’a jamais existé, puisqu’il s’incarne tout
entier dans l’instant et que le passé et le futur se sont évaporés. Des
histoires de compassion, d’univers…
Où l’être retrouvé n’est pas un corps opaque… Où une âme voit une
âme parmi l’infinité de silhouettes anonymes des rues et dès lors elle se tend
toute entière vers l’autre, lui offrant toute sa poésie et ses romans secrets,
osant enfin livrer, avouer tous ses rêves de princes et de justiciers,
d’ondines, de sylphides, d’arbres millénaires et de sources souterraines, de
royaumes célestes et de fées bleues, de ciel, de ciel…
Les lucioles 2.14
XIV.
Il y aura une cascade, filets d’eau coulant d’une pierre fraîche
gorgée de reflets. L’eau vient sur nos visages, sur nos vêtements légers.
Translucide. Nous nous apprenons plus encore. S’imprégner l’un de l’autre…
Je te lis devant moi. Tu as la peau fragile, avec des traînées
rouges de sang, fragile, pure, que seuls les gestes de l’air, l’écume ou les
herbes sauvages ont pu caresser. Et tes cheveux humides retombent sur tes yeux,
lumineux, tes yeux sombres, mes yeux. Ils ont la couleur que j’attendais.
Ils laissent les gouttes pleurer sur tes lèvres violacées à peine
ouvertes pour respirer. Je sais, tu as toujours retenu ton souffle, tes paroles
te semblaient futiles, inutiles puisqu’elles n’étaient pas pour moi. Mais
maintenant, tu le retiens pour écouter, écouter. Le silence. Entendre mon
souffle. Tu le savais, il est rythmé sur le tien. Chaque battement de ton cœur
ne fait qu’un avec les soubresauts de mon cœur. Nous sommes deux, nous sommes
un.
Puis ta main fera mine de goûter l’eau. J’ai compris, ma main
goûte l’eau aussi et nos doigts se touchent, nos doigts se nouent, nous sommes
debout dans ce torrent brillant de soleil. J’effleure enfin tes lèvres. Tes
doigts devinent ma bouche. Un frémissement… Deux pétales traversent l’espace.
Nous tentons de les rattraper. Ils se sont envolés et ta main glisse, sur moi,
ma main retombe, sur toi. Nous sommes enlacés. Eternité. Et nous tombons à
genoux.
Nous sommes liés l’un contre l’autre sur la terre ruisselante.
Terre des hommes, Terre-lumière, Terre-éternité, réunis, Frères !
19 juin 2009
Les lucioles 2.13
XIII.
Nous ne nous parlerons pas. Pas à notre aurore. Nous nous verrons.
Nous sourirons. Doucement. Nous nous reconnaîtrons, toi et moi. Toi, moi… Et
tous ces songes conscients ou nocturnes rejailliront dans nos yeux en faisceaux
aquarelle. Je t’avais découvert dans toutes mes vérités, dans les mots des
poèmes, dans cet appel lointain et suppliant que je pleurais de ne pouvoir
étreindre… Dans les formes délicates des nuages…
Tu es venu ! Le temps ne presse plus désormais, il est encore
tôt, tout commence… Ne le devançons pas. Laissons-le freiner nos gestes…
Et quand nous aurons retrouvé tout le courage volé par nos
détresses anciennes, quand nous serons certains de ne plus jamais avoir de
crainte, nous hurlerons. Nous hurlerons pour faire peur aux nuits, nous
hurlerons aux écueils, aux précipices et aux orages tout ce que nous aurons
souffert avant nous ! Aaaaaaaaaaah ! Aaaaaaaaaaah ! Puis nous
courrons, courrons, sylphes par les forêts vertes, jade, nous courrons, arrosés
de percées de ciel, de pluie, de larmes peut-être, mais elles ne viendront pas
de nos yeux. Elles ne viendront plus de nos yeux. Le vent habillera nos corps,
les particules de lumière caresseront notre peau, les ronces mordront notre
chair mais nous ne souffrirons pas. Nous ne souffrirons plus.
Puis nous prierons pour que Dieu nous pardonne ces délires païens,
pour effacer à jamais toutes ces lâchetés en nous, ces faiblesses et ces
négligences. Et il nous pardonnera. Parce qu’alors nous aimerons tout ce qu’il
y a à aimer. Et légers dans les feuillages, la rosée et les épines, nous
ressentirons l’éternité !
Et un rire éclate, le tien ? le mien ? vivant, un rire
du fin-fonds des bois, du fin-fonds des âges, le rire de l’origine, le rire des
hommes ! Il résonne par les forêts, dans chaque arbre jusqu’à en pénétrer
l’écorce, se mêle au chant des oiseaux, au cri de tout être innocent se mouvant
sur la Terre, rire originel, rire humain, chant de la vie !
Amour…Peut-être même atteindra-t-il une ville lointaine, peut-être. Peut-être
un vieillard sur son banc d’autrefois. Peut-être… Peut-être un autre, peut-être
des autres. Mais de tout cela nous ne saurons que des rumeurs chuchotées par
une brise au creux de l’oreille…
Nous serons toi et moi, liés à jamais, nés de l’explosion d’une
même étoile… Et si nous avons été si longtemps éloignés l’un de l’autre, c’est
pour pouvoir nous retrouver mieux, aujourd’hui, être là, si fort. Tu es moi, je
suis toi. Je suis née avec toi, nous sommes frère et sœur de lumière, plus fort
que le sang, frère et sœur d’éternité. Ensemble maintenant !
18 juin 2009
lEes lusioles 2.12
XII.
Dans mon sommeil j’ai rêve d’un prince,
il était tellement ce dont j’ai besoin, brave, doux, un réconfort, une raison
de lutter !
Le réveil a sonné comme une déchirure.
On dirait pourtant… J’y vois plus clair. S’il y a une seule et faible chance
qu’un tel être puisse se rencontrer ici dans le domaine du réel, je n’ai pas le
droit un instant d’y renoncer. A chaque seconde, de repos ou de veille, je veux
la ressentir, et de tous les pores de ma peau, de ma conscience, de ma nébuleuse
intérieure, cette présence auprès de moi ! Et même si aucune boussole
n’indique son adresse, pour lui je sortirai de mes cachettes… Le semblant de
comète changera sa trajectoire. J’irai au hasard, en avant !
Je te cherche. Je ne veux que toi. Tous mes délires, toutes mes
angoisses et mes déprimes ne sont qu’un cri déchiré vers toi. Je te sais dans
mes mots, je t’entends dans mes rêves, dans mon ombre triste, dans les reflets
bleus des miroirs. Je te dessine sur les croissants de lune de ces nuits solitaires
où j‘attends de te connaître…
