23 juin 2009
Les lucioles 2.16
XVI.
Sur les chemins de ronde
Elle l’avait reconnu avant qu'il ne croise son visage.
Il dansait dans la salle de bal les paupières closes, ses cheveux
ondoyaient soyeux. Il avait l'air ailleurs. Il semblait écouter un autre
langage derrière les accords du fifre et de la vielle. Peut-être l'attendait-il
encore sans se douter qu'elle était déjà là…
Elle le regardait, patiente et fébrile, ses rêves n'avaient pas
menti puisqu'elle le rencontrait ce soir. Souhait exaucé, calme et subtil
enchantement…
Sur ce balcon où ils s'étaient retirés, le lierre et le
chèvrefeuille mêlaient feuilles et fleurs, et elle, elle hésitait à lui dire « Je t’aime. »… Ces mots trop entendus
dans les romances faciles, de peur qu’ils soient malhabiles à dire leurs liens,
qu’ils fassent disparaître toute la magie de la nuit dans des nuées
inexistantes, elle ne les prononcerait pas. Et jamais non plus elle ne le
lirait au bord des lèvres de son chevalier. Leur idylle serait un alizé, un
baiser sur la peau, soufflé sans qu'on la touche.
L’autre âme, c’était lui, parce qu'il lui disait du plus profond
de son silence qu'elle était jolie, que ses yeux comblaient tous ses espoirs,
tristes et magnifiques… Et malgré tout ce que lui avaient infligé les voix des
gens du passé, malgré ce que lui répétait chaque jour son miroir, elle
consentait à le croire. Il lui contait des trésors, que dans la chevelure d'ombre de la belle venaient
s'endormir au soleil couchant les douces créatures du petit monde, qu'une fée
aux ailes claires y habitait le jour.
L’autre âme, c’était lui. Parce que pour elle, il avait combattu
tant de fois au corps à corps contre la solitude et ses sortilèges, il en
gardait des cicatrices pourpres. Parce qu'elle avait répété ces messages de
détresse perçus des milliers de fois dans son sommeil, comme un écho à ces
douleurs en elle. Et il avait pleuré...
Elle lui parla tout bas :
« Tes cheveux sont clairs et blonds, si longs, rayons de
Lune, moonlight, ils ondulent dans l'espace… Tu es fragile, si fragile. Tes
mains sont frêles. Tu es mon prince sans couronne, mon chevalier sans blason,
sans fortune.
Et pourtant tu me défendras sur les tours et les chemins de ronde. Dans ces châteaux ténébreux, ces
ruines inexplorées où mes ennemis m’auront faite prisonnière de chaînes
pesantes, tu défieras le sort, les mauvais rois et les dragons de ta seule
épée, de ton bouclier déjà brisé à tant de lames… de ta tendresse pour mes appels à
l’aide. Pour moi… Tu es mon prince, mon chevalier.
Et tout ce qui est en mon pouvoir je le ferai, pour que jamais
plus tu n’aies mal. »
Commentaires
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=426951&pid=14182954
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :
