22 juin 2009
Les lucioles 2.14
XIV.
Il y aura une cascade, filets d’eau coulant d’une pierre fraîche
gorgée de reflets. L’eau vient sur nos visages, sur nos vêtements légers.
Translucide. Nous nous apprenons plus encore. S’imprégner l’un de l’autre…
Je te lis devant moi. Tu as la peau fragile, avec des traînées
rouges de sang, fragile, pure, que seuls les gestes de l’air, l’écume ou les
herbes sauvages ont pu caresser. Et tes cheveux humides retombent sur tes yeux,
lumineux, tes yeux sombres, mes yeux. Ils ont la couleur que j’attendais.
Ils laissent les gouttes pleurer sur tes lèvres violacées à peine
ouvertes pour respirer. Je sais, tu as toujours retenu ton souffle, tes paroles
te semblaient futiles, inutiles puisqu’elles n’étaient pas pour moi. Mais
maintenant, tu le retiens pour écouter, écouter. Le silence. Entendre mon
souffle. Tu le savais, il est rythmé sur le tien. Chaque battement de ton cœur
ne fait qu’un avec les soubresauts de mon cœur. Nous sommes deux, nous sommes
un.
Puis ta main fera mine de goûter l’eau. J’ai compris, ma main
goûte l’eau aussi et nos doigts se touchent, nos doigts se nouent, nous sommes
debout dans ce torrent brillant de soleil. J’effleure enfin tes lèvres. Tes
doigts devinent ma bouche. Un frémissement… Deux pétales traversent l’espace.
Nous tentons de les rattraper. Ils se sont envolés et ta main glisse, sur moi,
ma main retombe, sur toi. Nous sommes enlacés. Eternité. Et nous tombons à
genoux.
Nous sommes liés l’un contre l’autre sur la terre ruisselante.
Terre des hommes, Terre-lumière, Terre-éternité, réunis, Frères !
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