03 avril 2009
Les lucioles 2.11
XI.
Je
suis injuste sans doute. Car des semblables me tiennent compagnie aussi. Dans
le brouillard le son de leur voix et leur halo sont reconnaissables entre tous.
Ils me sont chers. Il y a Sophie surtout, nous aimons les mêmes poèmes, les
mêmes chants… Il nous arrive de rire de tout. De douter aussi, du monde, de
nous…
Pourtant je ressens un gouffre si
abyssal en moi… Mes amis jusqu'ici m'ont paru incapables à le combler. Certains
appellent cela de l'ingratitude, quand toute tentative autour de vous reste
impuissante à vous offrir un peu de joie. Où est l’issue ?
Car je ne trouve pas les miens quand au
tréfonds de moi je suis malade. J’ai beau héler, les ramener à ma mémoire, la
souffrance ne cesse pas pour autant. Certains souvenirs même l’amplifient…
Cette absence immense de sincérité, de don de soi partout… Puis les choses
s’entremêlent et tout se met à me manquer !
Je retrouve alors mes êtres féeriques.
Vite je me réfugie dans leurs cabanes de bois ! Il y a de la mousse, des
fougères, quelques fleurs sauvages, une odeur de sève fraîche. Et je suis
mieux. Je vais bien.
Peut-être par défaut, comme un baume
sur mes peines en attendant un autre bonheur dans le vrai monde, s’il est
possible… Pourvu qu'il vienne assez tôt… Avant que cette réalité ne me blesse
trop fort.
02 avril 2009
Les lucioles 2.10
X.
Aujourd’hui, j’ai commencé une lettre :
A Sophie et à ceux qui espèrent,
Mademoiselle Colombine est assise parmi des centaines, sur les
bancs des cours d’astronomie, à regarder des avions de papier devant des photos
de galaxies… A vouloir décoller avec eux, à vouloir crier « Je suis
là ! »… Mais elle hésite sans cesse à se lever.
Elle est attirée par un regard secret, triste, un geste, un appel
échappé qu’elle n’osera jamais saisir, jamais caresser. Jamais secourir. Alors
elle a peur. Peur que cet instant d’insignifiance ne devienne une éternité,
peur d’être prisonnière dans la monotonie des jours sans forme, sans contenance,
annihilée, le cœur, l’âme rongés par la fadeur. Et elle reste assise.
Et d’espérer sans le dire que
quelque chose de meilleur advienne ! Agitée par une brise qui ne s’arrête pas,
l’espoir, Colombine voudrait le bruit du vent, les vagues ou l’amour… Elle
pourchasse l’interlude de bonheur éphémère qu’elle attend depuis toujours, ce
temps heureux tellement inouï qu’il confine à l’improbable… Peut-être
d’ailleurs est-il déjà passé, mais elle ne l’a pas vu, ou alors l’a-t-elle
aperçu mais elle l’a laissé s'enfuir sans savoir le retenir. Elle se retrouve
si vide, immatérielle… On croirait apercevoir dans cette mine inquiète une nuit
sans étoile, sans réverbère, et qui guette le jour à venir…
Le crayon s’est arrêté à la fin de la
phrase, j’ai su que je n’enverrais pas le message. Cependant j’ai voulu poursuivre quand même…
Et lentement elle se lasse même de ces visages touchants qu’elle a
tant voulu effleurer et qui, peu à peu, commencent à devenir flous. Elle est
alors entourée de taches d’ombre ou de lumière. Elle se rend compte de ce
qu’elle a toujours craint : tout ce qu’on peut apercevoir est extérieur,
l’extérieur des êtres, ce qu’on ne retiendra jamais d’eux.
Arrive alors la question
inévitable : pourquoi continuer à rester attentif, alors que les visages
sont fuyants et les coeurs insaisissables - ou est-ce le contraire ? C’est
parce que la seule idée que la vie soit inutile, et tous ces décors, ces scènes
qu’on joue absurdes, lui est insupportable ! Inimaginable… Et si «
le sens » à tout cela existe, dit-elle, il ne peut être que magnifique...
Alors elle poursuit tant bien que mal sa chasse au trésor.
Et les mots que déverse Colombine
sont comme des appels à l’aide vers ceux auxquels elle les destine. Mais rien
n’est plus difficile que de connaître l’âme derrière l’encre. Et s’il reste un
moyen de la toucher, c’est d’essayer de répondre à ces mots, ne serait-ce que
par une pensée attendrie, un murmure, peut-être même un « Tiens bon
! » échappé, comme s’il était un lien…
Lonely à la dérive…
