Les muses de l'orée

Le blog littérataire d'Orel des Bois

31 mars 2009

Les lucioles 2.9

IX.

 

 

 

Et Wendy et Peter fredonnent cet air quand ils se prennent par la main pour atteindre le ciel rose poudré au soleil couchant :

 

 

 

Comme une comète

Parcours le ciel

Etends tes bras

Et vole, vole

 

Comme un oiseau

Monte aussitôt

Déploie tes ailes

Et pars, pars

 

Loin, si loin

Haut, si haut

De la poussière d’étoiles

Plein les yeux

 

 

 

Michael, John et les Enfants Perdus les suivent en file indienne dans les nuées mauves et guimauve, les bras écartés comme des plumes pour mieux se laisser porter, planer...

Moi je les regarde, perchée avec Clochette sur la dernière branche du grand sapin bleu. Et je suis enchantée. Mais soudain la petite fée jaillit au firmament comme un feu d’artifice qui se hâte pour rattraper les siens et il n’y a rien de plus magnifique alors que de m’envoler avec eux. M’envoler avec eux…

 

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30 mars 2009

Les lucioles 2.8

VIII.

 

 

 

Et Peter au-dessus des nuages combat des assaillants imaginaires. Le brave, le fou, notre frère d’aventures, Peter Pan ! Pour être à même de le suivre, il faut être vif sous le tapis de coton blanc. Surtout ne pas le perdre de vue...

Il l'a longtemps écoutée dans le vrai monde d'où elle vient, à la dérobée, flottant dans l'air en s'approchant… Wendy la conteuse a su recoudre son ombre sauvage et il l’a emmenée au Pays Imaginaire. La Fée Clochette est inquiète. Avec son cœur énorme dans ce tout petit corps trop ardent, elle a dû comprendre très tôt que la nouvelle arrivante est quelque chose comme… trop attachée à lui…

Tu crains ses embrasements à elle. Mais Clochette, capricieuse Clochette, sais-tu seulement, toi, comment aimer ton ami  ?

 

 

 

Quand les sentiments s'affolent, j'ai moi aussi cette défaillance, confondre les amours…

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28 mars 2009

Les lucioles 2.7

VII.

 

 

 

Quand je m’endors et que je rêve, quelquefois j'aborde des paysages avenants déjà visités un autre soir, dans un autre songe. Et dès lors on dirait qu'ils m'invitent à les suivre… J'y suis si bien. Et je m'en vais les découvrir en les sachant déjà. Sans doute c'est un peu comme revoir un lieu où j'ai été heureuse petite, et que j’aurais perdu quelque part…

Ce n'est pas un rêve qui se répète souvent, toujours semblable, et puis pesant, mais seulement une contrée, un univers, bienveillant, et que j'aime. Où mille et une histoires sont possibles, où la fantaisie règne, anoblie ! Les êtres qui le peuplent sont beaux, indulgents. Il fait bon s'asseoir à leurs côtés dans les prairies immenses…

Si je le veux très fort, il m'est donné de faire évoluer l’histoire à ma guise… Même si je m'éveille un court instant, je peux remettre en place quand mes paupières se referment les personnages, les voix, les parfums, les décors, tout ce que j’avais quitté le temps de cligner des yeux. Le temps de revoir la vie qui cisèle le cœur. Je repars, et là dans l'harmonie, loin, les feuilles fines bercées, le vent caressant, il me semble parfois cueillir du bout des lèvres… une goutte de bonheur ?

C'est lorsque je vole, que le ciel est clément, que la forêt, les prés, la rivière nous appellent comme une île extraordinaire, il y a des bois jolis, des fontaines claires, des musiciens, des fifres, des cithares… Je suis légère, protégée, insouciante comme un enfant. Et j'aime exister ! Je vis l'instant sans plus de peur, le temps s'échappe, où s'est-il enfui ? Il arrive même que je l'oublie.

 

Parfois dans mes rêves j'oublie tout…

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27 mars 2009

Les lucioles 2.6

VI.

 

 

 

Il m’arrive le matin d’attraper au passage des feuilles volantes. J’y griffonne à la hâte mes rêves de la nuit puis je les range dans le coffre à jouets de mon enfance, vite, de peur qu’on me les prenne :

 

 

 

Cette nuit encore une fois, j’ai vu en songe la cour de la Reine des Fées. Ils m’apparaissaient en aquarelle mais malgré cela je les reconnaissais tous, mes compagnons…

Et nous partions en farandole pour un pays fabuleux…

Il y a la jeune souveraine, au sourire calme et doux, à la traîne de lys et de roses pastel, aux ailes diaphanes. Le cortège dans la clairière s'avance souple, joli, comme des fleurs valsant au vent ! Hautes comme trois noisettes, les plus petites s'égaillent, elles taquinent les coccinelles. Les papillons curieux saluent en voletant. Les trompettes en pétales retentissent dans l'air. Tout près le ruisseau joue sa chanson bleue. Il nous fait une révérence.

Il y a Claudine frêle demoiselle, au regard vert complice, à la robe en corolle. Elle épie les mésanges. Claudine si mutine qu'elle rit jusqu'aux larmes ! Assise sur une chanterelle, c'est Eglantine qui écoute, elle ferme les yeux… Loïze, rubans mauves, chantonne un air dodelinant. Coryse au prénom d'or, à la tête de la garde, est amoureuse en secret du prince des ondins. Elle me l’a murmuré un jour de flocons, et ses joues ont rougi…

Alice en volants est à côté de moi, elle ma confidente au Pays des Merveilles. Alice et Lonely, Lonely, Alice, intruses dans ce monde, accueillies aussitôt... Derrière ses cheveux fins se dessinent de grands saules. Les elfes s'amusent, la rosée fine se dépose. Le Lapin Blanc à deux pas cherche des trèfles à quatre feuilles. Je crois qu'il vient d'en trouver un !

 

 

 

Les paupières s'ouvrent... Et le songe s'en va rejoindre dans la malle tous les contes, les jouets de chiffon, et les vieilles histoires.

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26 mars 2009

Les lucioles 2.5

V.

 

 

 

Je voudrais voler,

Moi qui n’ai pas d’ailes.

 

Je saurais crier,

Qui entend ma voix ?

 

Je veux tant aimer,

J’ignore l’amour.

 

Vivre un tendre rêve

Mais j’habite là.

 

 

 

Des mots. Des vers sans rime. Des mots. Des lettres ternes. Ils ne veulent pas sortir de ma tête, ils me ferment les yeux et les lèvres et me transforment en corps frustré… Je n’arrive pas à dire ce que je voudrais clamer, crier, hurler si fort du haut des tours en ruines, du sommet des montagnes aux cimes de cristal, d’azur… Mais pour quelle oreille humaine ? Non personne ne me perçoit. Personne ne m’attend. Et l’écho me renvoie mes appels et me perce les tympans et le cœur. A quoi bon tout cet acharnement ?

Je suis impossible. Trop souvent ma quête solitaire n'admet pas d'écuyer dans ses retranchements. Je veux être seule et entourée ! Laissez-moi et écoutez-moi ! Tout me fait trembler, tout me désole, me paraît si triste, si vain… Existe-il un remède qui saura m'apaiser ? Hélas on n'est jamais que soi, l’amour est une utopie si l’on ne peut se mêler à l’âme de l’autre et cependant…

Cependant il y a quelque chose… Comme une lumière blanche très loin, très loin, presque à l’infini, entre l’infini et mes yeux, sinon je ne hurlerais pas, j’en suis sûre. Sinon je ne voudrais plus me battre contre ces fantômes du renoncement à l’espoir. Qui suis-je ? Je veux trouver mon but, ma mission intime en ces lieux, ce pourquoi je m'acharne, ce pourquoi j’ai mal à en pleurer, ce pourquoi je ne supporte plus cet univers… ce pourquoi je l’aime. Je veux ce qui est en moi et qui ne veut pas être mis au monde, je veux…

Une goutte de pluie irisée est tombée sur ma prose lourde et déjà je ne distingue plus les mots…

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25 mars 2009

Les lucioles 2.4

IV.

 

 

 

Je crois que l’amour palpitant, celui des poètes, celui qui unit si fort deux êtres pour un instant et pour la vie, ne sera jamais pour moi. Alors j’ai cessé de chercher ces beaux yeux qui appellent, je n’attends plus vraiment, et je me traîne…

Comme une comète lancée dans l’espace, et qui n'effleurera rien si ce n'est de la poussière tout au long de sa trajectoire… Elle continue son chemin sombre indéfiniment, en voyant des astres rayonner, des planètes valser, des peuples chanter, se découvrir, s’enlacer, mais elle, ses signaux vers eux échouent sans cesse à leur parvenir. D'ailleurs y a-t-il seulement un mot pour dire je t’aime dans sa langue maternelle... maternelle… Maman, j’ai peur du noir… Maman… A l'aide !

Il n’y aurait qu’elle à pouvoir se raisonner, se convaincre qu’elle brille encore. Mais elle ne brille pas vraiment, son halo est bien trop faible pour être perçu par la pupille des humains. Elle n’est pas grand-chose au fond, comète couleur de nuit. Parfois elle rêve… Un jour, qui sait, elle entrerait en collision avec une autre comète, bleue, irradiante… Et ce serait comme si, de leurs lumières unies, ensemble, émanaient des éclats d'argent ! Mais elle se résigne aussitôt, elle ne peut rien. Son orbite est déterminée d’avance. Et elle poursuit sa route noire…

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24 mars 2009

Les lucioles 2.3

III.

 

 

 

Il est minuit. J’écris à l'encre noire sur un beau papier blanc pour libérer mon coeur trop plein de creux et de cris, sur le point d'éclater… D’ailleurs il s'est fissuré, déjà, prêt à se rompre : cet après-midi, en revenant des cours, j’ai pleuré encore une fois. Mais pas de ces larmes douces et consolantes, pas non plus de ces pleurs impromptus sans cause immédiate, non, des larmes de colère. De rage…

Il y a des moments où je suis amoureuse de la vie, des moments où je voudrais rire au Soleil comme aux étoiles, danser leur beauté sur une mélodie enjouée ! Des moments où j'aime ! Mais… Ils ne seront peut-être jamais que des leurres, des mirages, car rien ne me répond. Rien ne m'entend. Tout est si désespérément compliqué.

Et je suis moi et mon contraire. Et je feins de détester les amis que j’ai aimés hier et que j’ai voulu revoir à tout prix. Je joue l'indifférence car je ne suis qu’une amie de passage, une amie de transition et qu’ils me manquent. Et qu’ils m’oublient. Les êtres devraient tout donner d’eux-mêmes. Leur parcimonie affective fait trop mal. Personne, jamais, ne devrait rester sur sa faim, faim d’amour, cette faim qui devient la cause de trop de déchéances, faim de douceur, de merveilles, de bouts d’éternité...

Et aujourd’hui j’ai vu que j’étais seule au milieu de la foule. Ils se trouvaient là pourtant, à deux pas, mais à quoi bon retenter l'approche lorsque les voix vous répondent des politesses de convenance, retranchées derrière des bouches mobiles. Qui ne se diront qu'en surface, non, la rencontre ne se fera pas. Pas non plus cette fois. Sans espoir.

J’ai arraché avant de m'en aller un morceau de feuille quadrillée, je l’ai salie de mon dégoût, de ma révolte. Puis je l’ai laissée à ma place sur le banc, tout en haut de l'amphithéâtre. Si un autre la trouve, il y lira cent fois « merde » sur toute la surface. Il n'y verra qu'une injure banale et ridicule adressée à tout le monde et à personne. Bien sûr il se trompera. Ces mots je ne les ai jamais dits pour salir un inconnu. Jamais. Car c’est moi qui suis sale, c’est mon âme malade que j’ai recopiée sur le papier, personne ne pourra répondre à cet appel qui n’en est pas, à ces mots laids mal raturés… Maladresse. Message de détresse bancal. Personne ne saura rien.

Personne ne viendra.

 

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23 mars 2009

Les lucioles 2.2

II.

 

 

 

Et parfois je me surprends à aimer quelques moments de chagrin : c'est dans la solitude, un quelque chose qui paraît lentement, esquisse comme une brume… Et cela enveloppe, lisse et aigu, on dirait presque une douleur, mais qui ne blesse pas le corps de façon ordinaire, une coupure qui ne laisse pas de marque sur la peau… Les larmes chaudes, redessinant en caresses le contour de mon visage comme pour mieux le fixer dans l’espace-temps, réconfortent mon être sans racine ni point de repère, et c’est alors que… je le ressens : je suis réelle ! J’existe !

Depuis que nous vivons, nous sommes l'un comme l'autre injectés dans des alvéoles dissemblables à mesure de mois, d'années, par lesquelles nos aînés sont passés avant nous. Enfance, adolescence, âge adulte, vieillesse, inlassables elles nous retiennent, nous enferment à chaque étape... Nous attendons dociles la mue à venir sans jamais pouvoir quitter la geôle. Nous suivons sans fin le cortège servile et silencieux qui va nous forger, nous former... Pauvres erres éternels et sans guide et sans terre, reclus dans leur carcan de mensonges, orphelins de vrai…

Mais moi je la veux cette vérité, j'en ai besoin, je le sais, autant que d'eau ou d'air… Des joies, des étreintes, s'il le faut des douleurs, des souffrances pourvu qu’elles soient véritables, nobles ! Nobles, car je renie ce conditionnement indigne : futurs employés du mensonge, mis au service de la dissimulation. Vides. Endormis par les simulacres d’une beauté toute apparente dont nous ne voulons pas. Dont il ne faudrait rien vouloir. Il est cependant si tentant, si reposant, si facile de se laisser aller parfois... jusqu’à s’oublier, s’aliéner ? Jamais. Il y va de notre honneur, de notre dignité humaine : combattre le néant. Notre seul but, à tous, n’est-il pas le bonheur juste ? Et la vérité notre seule quête?

Alors pourquoi sans cesse en moi cette impression suffocante qu’il n’y a ici personne pour m'entendre, je reste prisonnière de ce pays sans couleur, ce pays postiche, ce pays aseptisé… Un monde où je ne fais que rêver à un autre monde...

 

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21 mars 2009

Les lucioles 2.1

II. AU PAYS DES REVES

 

 

 

 

 

 

                 « Rosée que ce monde-ci
                   rosée que ce monde...

 oui sans doute

 et pourtant… »

 

Issa

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I.

 

 

 

Au jardin du printemps Alice m’a souri…

« Comment t’appelles-tu ? - Je me

             nomme Lonely.

- Viens jouer avec moi

             au Pays des Merveilles. »

J’ai dit à mon amie :

             « Au revoir, je m’éveille ! »

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Les lucioles 7

VII.

 

 

 

A l'aurore je pris un cahier vierge, j’écrivis cette rencontre fugace d’il y avait plusieurs jours, ces rayons de lumière sur la colline. Pour les voir encore. Et c’est de là que datent les premières ébauches de ce journal.

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